Tu te rappelles
C'était noël
On se retrouvait à table
On était lamentable
On se forcait à sourire
Il était entrain de mourir
Il pesait trente kilos
On était encore marmots
On trouvait cela normal
Il était en phase terminale
On mangeait de la galantine
Il réclamait plus de morphine
Te rappelles tu de ce corp
Entre la vie et la mort
Tu te rappelles
La vie n'était pas belle
C'était l'hiver
On allait perdre un repère
Il nous prenait sur ses genoux
Il n'avait plus de cheveux sur le caillou
On aurait pas du voir sa chimio
On était encore des jeunots
Le tabac, ses doigts jaunits
Ses souvenirs profonds de l'Algérie
Ses rides prononcées
Ses joues tellement creusées
Il était si fébrile
Nos larmes dans les pupilles
Je te vois encore pleurer
Je sais qu'il t'aimait
Ses verres ne le rendait pas ivre
On a perdu une raison de vivre
Tu te rappelles
C'était l'éternel
C'était un premier janvier
On s'en foutait de la bonne année
On venait de perdre définitivement nos racines
Elle était si douce, si caline
Elle était ma seule confidente
La vie n'est plus si trépidante
La seule à ne pas me juger
La seule à me répéter qu'elle m'aimait
Ta maladie, ton coin, ton fauteuil
Jamais je ne pourais faire le deuil
Chaques jours mes pensées
Sont pour toi et ton bien aimé
Bien trop souvent
Mon coeur flanche
Moi, sous le vent
Vous entre quatre planches ...